Repères pour les professionnels des services d’accompagnement de l’aide à la jeunesse.

Nous ne vous oublions pas et tentons, à distance, de vous soutenir en vous proposant quelques repères qui pourraient vous être utiles dans la réorganisation de votre travail avec les familles.

Vous êtes éducateurs, assistants sociaux, psychologue, coordinateur au sein d’un service de l’AJ ? Malgré la réalité actuelle de confinement vous DEVEZ continuer à travailler avec des familles pour garantir la protection et le bien-être des enfants/ des jeunes?

Nous ne vous oublions pas….

Prenez soin de vous !

Pensez à gérer vos propres émotions (qui sont surement variées et difficiles) : peur, culpabilité, sentiment d’abandon, d’impuissance, tristesse, colère …

Accepter, que dans ce contexte, votre façon de travailler ne peut être que différente, ce qui ne fait pas de vous un « mauvais travailleur ». Soyez bon avec vous !

Reconnaissez votre légitimité à avoir peur, pour vous et vos proches et que cela peut vous amener à ressentir des émotions perçues comme ambivalentes telles la colère vis-à-vis de la prise de risque et la culpabilité de ne pouvoir être présents dans les familles ou de maintenir les contacts entre enfants et parents par exemple. 

Pensez à partager avec les collègues quand même : susciter une nouvelle dynamique de communication, restez en contact. Ce soutien dont vous pouviez bénéficier dans un travail en binôme ou en réunion d’équipe reste indispensable et pourra également vous aider pour évaluer la situation d’un enfant ou d’une famille qui vous interpelle.

D’autres services que le vôtre sont également présents, contactez-les mandants, le réseau, les AMO et partagez vos questions, émotions mais aussi vos « trucs et astuces » pour maintenir l’accompagnement de ces familles vulnérables.

Définissez clairement (peut-être avec un collègue si c’est plus facile) un objectif réaliste que vous visez avec chaque famille en période de confinement. Cette méthodologie sera bénéfique pour vous et pour la famille. Cela augmentera votre sentiment de « contrôle » sur la situation et vous aidera à vous focaliser sur « une bonne bataille » actuellement. Les familles garderont, elles aussi, une vision plus claire de votre accompagnement afin qu’elles se sentent toujours « entourées » et « soutenues ». La stabilité de votre accompagnement constituera un repère sécurisant pour eux.

Vous vivez aussi le confinement en solo, en famille, avec votre conjoint, vos enfants et cela amène aussi son lot d’émotions et d’organisation. Le risque de burn-out parental existe aussi pour les parents « professionnels » qui s’occupent des autres mais doivent s’occuper de leurs proches aussi. Préservez-vous !

N’hésitez pas à nous interpeller, nous téléphoner et nous partager vos difficultés, vos inquiétudes, votre désarroi … Rompez votre potentiel isolement au travail ! 

Et avec les familles ? … 

Restez en contact et prévenez-les que vous allez le faire, que dans le contexte actuel vous savez que cela peut être difficile pour eux et que vous vous en souciez.

Téléphonez- leur régulièrement. Si cela vous est possible, passez chez eux, remettez un mot, un jeu de cartes, une blague …dans la boîte aux lettres ou encore, parlez à distance devant leur porte ou avec eux par la fenêtre. Pour certains, le téléphone n’est pas le moyen de communication le plus sécurisant.

Et si le déplacement n’est pas possible et que vous et les familles avez les moyens technologiques à disposition, proposez leur un Skype, un Facetime ou un WhatsApp (soyons modernes ). Bien sûr ce ne sont pas les méthodes habituelles et les méthodes les plus adéquates pour travailler dans le social. Néanmoins, montrez-vous ouverts dans ce contexte si particulier pour tester de nouvelles méthodes d’accompagnement, même si vous y étiez résistants avant. Qui sait ? Vous pourriez être surpris ! De plus, accepter d’y faire appel aujourd’hui ne signifie pas que le travail avec cette famille se fera dans le futur par ce biais. Mentionnez-le explicitement si cela peut vous aider…

Et par ce biais, continuez à avoir accès aux enfants. Pour eux aussi, c’est un sacré chamboulement, eux qui avaient, bien plus que leurs parents parfois, d’autres lieux de vie et de ressourcement…

Et puis, ils ont l’habitude de vous voir :  vous êtes des tuteurs de résilience pour eux. Leur donner le sentiment de continuité est donc très important : « Nous ne pouvons plus nous voir comme d’habitude pour le moment mais nous continuons à penser à toi en imaginant une autre façon de se rencontrer. Tu es plein de ressources et de créativité et dis-moi comment tu occupes tes journées, as-tu encore d’autres idées … »

A quoi devons-nous rester attentifs ?

Questionnez le vécu lié au confinement côté enfant et côté parent pour envisager au mieux si cela risque de flamber ou pas.  Tenter d’augmenter le sentiment de compétence des parents et des enfants plutôt que de pointer les « incapacités ».

Comme vous les connaissez parfois depuis un certain temps, il vous est peut-être possible de nommer pour eux et avec eux, les points de sensibilité et de questionner où ils en sont pour le moment. De cette façon, vous reconnaissez la « légitimité » des difficultés et vous montrez toute votre disponibilité, certes « réaménagée », à leur égard.

Accueillez la souffrance, les difficultés supplémentaires, le stress, l’angoisse qui vient rendre une réalité déjà bien compliquée, encore plus complexe. Etre un soutien émotionnel pour ces personnes est un objectif d’accompagnement à part entière dans cette situation inédite et anxiogène

Questionnez les mesures d’hygiène de base qu’ils mettent en place et prenez des nouvelles de la santé de tous.

L’information au sujet des mesures à prendre peut être sujette à des interprétations ou des incompréhensions voire des « fausses croyances ». Tant pour les parents que pour les enfants, il existe des outils utiles pour parler des mesures ou pour comprendre ce « sacré virus ».

Ne minimisons pas leurs craintes d’être stigmatisés ou jugés négativement si l’un des membres de la famille présentait des symptômes… Ils pourraient ne pas vous en parler… L’information pourrait les aider et les rassurer.

Que pouvons-nous leur proposer ?

Identifiez les moments difficiles dans une journée et envisagez les solutions à mettre en place. 

Veillez à ce que les parents puissent les anticiper davantage en prenant le temps, avec vous, au départ d’une « journée type confinement », de repérer ces moments plus sensibles.

Voici quelques repères à leur suggérer :

  • Qu’ils puissent continuer à rythmer la journée des enfants:

Les enfants n’ont pas l’habitude de devoir rythmer eux-mêmes le temps ; d’ordinaire, quelqu’un s’en charge pour eux. Le risque est donc qu’ils se sentent rapidement perdus, qu’ils ne sachent plus quoi faire, qu’ils papillonnent d’une activité à une autre sans aller au bout de rien, qu’ils ne semblent s’intéresser qu’à des activités passives (comme regarder la télévision), que les horaires habituels se déstructurent pour lâcher un peu la pression, et ce, en particulier chez les ados. Dans ces conditions, le risque qu’ils sollicitent les parents de très nombreuses fois sur la journée augmente fortement et les tensions risquent d’apparaître. 

Proposez leur de réaliser ensemble un planning qui peut inclure et alterner : des activités créatives (dessiner, bricoler,…), des activités pour qu’ils se dépensent physiquement (ex. jouer dans le jardin, la cour, faire du yoga etc.), des activités « intellectuelles » pour les plus grands (lire, se cultiver, faire les devoirs pour l’école, etc.), des moments de détente (devant la télévision, l’ordinateur ou le jardin, en fonction de ce qui détend les uns et les autres), des moments où les plus grands occupent les plus petits, des moments de contacts virtuels avec les amis, grands-parents

Les parents seront mis à contribution encore bien davantage que d’habitude. Toutefois, ils ont le droit d’avoir des moments pour eux, soit pour réaliser certaines tâches, soit pour souffler un peu. Les enfants doivent donc s’occuper seuls à certains moments. 

  • Qu’ils fassent preuve de souplesse malgré tout:

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. On n’est pas un mauvais parent parce qu’on modifie certaines règles afin de favoriser le vivre ensemble durant cette période. Certaines règles devront être assouplies, d’autres instaurées. Mais il importe de communiquer à propos de ces règles, pour les rendre explicites et accessibles à tout un chacun à la maison. Ne pas hésiter à les représenter sous forme de dessins ou de rappels visuels pour les plus jeunes. Une fois les règles proposées, celles-ci doivent être suivies ; elles contribuent à créer des routines de vie qui allègent la charge mentale. Si les règles doivent être ajustées parce qu’il s’avère à l’usage qu’elles ne conviennent pas, il est important d’en reparler tous ensemble.

Proposez-leur de demander aux enfants comment ils pourraient représenter les « règles confinement ». La créativité va faire son œuvre et les enfants n’en manquent pas. Et en plus, si les enfants y participent, il y a un peu plus de chances qu’ils les respectent.

Bien sûr qu’ils ne pourront pas être sur tous les fronts en même temps. Bien sûr qu’il y a de nombreuses tâches à réaliser et probablement qu’ils ne parviendront pas à tout faire comme ils le souhaiteraient ou comme ils pensent que vous le souhaitez…

Proposez-leur, à eux aussi, de se faire un programme, de choisir des priorités à accomplir. Pour certains, ils auront probablement besoin de votre aide.

  • Vous avez probablement des activités à leur proposer ; soit parce que vous savez ce qu’ils aiment, ou que vous les avez déjà expérimentées en famille, soit parce que vous avez buché vous-même sur la question.

De notre côté, nous vous proposons le fruit de nos « recherches », réflexions, lectures et autres. Il s’agit évidemment d’une liste non exhaustive et non définitive… Donc elle sera alimentée régulièrement …. Nous pourrons d’autant plus le faire si vous jouez la solidarité avec nous et que vous nous relayez ce que vous avez trouvé ou mis en place de votre côté. N’hésitez donc pas à nous écrire.

Pour certaines familles, vous allez pouvoir leur envoyer un email ou directement des liens vers des activités, pour d’autres, vous pourrez peut-être imprimer des outils pour eux et leur déposer dans leur boîte aux lettres ?

Et en cas de crise ?

Si toutefois (et malheureusement, c’est très probable), la crise en famille survient, il sera important de distinguer s’il est nécessaire d’envisager des pistes d’apaisement ou s’il s’agit davantage de prendre des mesures pour mettre les membres les plus « fragiles » à l’abri.

Suggérer des pistes d’apaisement 

Il est essentiel d’envisager les ressources en cas de crise !

En dehors des personnes qui vivent ensemble en ce moment, à qui l’enfant peut-il faire appel ? Peut-il quitter le domicile pendant quelques minutes et aller au parc le plus proche ? Un voisin, une voisine serait un (e) chouette confident(e) ; puis-je lui téléphoner, lui mettre un mot dans sa boîte aux lettres, crier par la fenêtre …

A qui le parent peut-il faire appel ? A vous par téléphone ? A la police ? A un(e) voisin(e) ? Peut-il quitter la maison sans laisser son bébé ou son enfant tout seul ?

Rappelez les numéros d’urgence ! Imprimez-les éventuellement pour eux et glissez-les dans la boite aux lettres ou envoyez-les par message, mail, mms…

Envisager des mesures de « mise en sécurité » 

S’il n’est plus possible d’apaiser les relations et que les risques de passages à l’acte (violence, fugue, non respect de la sécurité de chacun, consommation,…) semblent présents ou imminants, d’autres pistes doivent être envisagées.

Voici tout d’abord la lettre de Madame Baudart, administratrice générale de l’aide à la jeunesse si vous ne l’aviez pas déjà consultée, et celle de madame Françoise Mulkay, directrice adjointe, qui rappelle la disponibilité des mandants et la façon dont ils pourraient répondre aux besoins de sécurité des enfants.

Dans un premier temps, il sera question de consulter votre équipe et votre direction. Ils sont votre ressource de première ligne pour faire le point, prendre du recul pour réfléchir et ensuite vous aider à structurer les démarches que vous allez devoir réaliser (rapport écrits, maintien du contact avec la famille, interpellation du réseau familial,…)

En termes de ressources à votre disposition, il y a bien entendu le/la délégué.e, le mandant mais également l’inspection pédagogique que vous pouvez/devez interpeller dans ces situations de danger et/ou d’urgence.

Nous vous rappelons également que nous sommes là, à distance, par téléphone, par mail pour vous écouter, échanger avec vous, réfléchir …